Le texte de loi Européen baptisé « Chat Control » a fait ressurgir une phrase qui me hérisse le poil dès que l’on parle de cybersécurité : « oui, mais moi je n’ai rien à cacher ».
Pour rappel, « Chat Control » est un projet de texte de loi (explication suisse ici pour un peu de neutralité ^^) :
- Où les députés français ont contribué à créer et soutenir ce texte inadmissible, une honte pour le pays qui a connu le siècle des Lumières (src)
- Qui a été repoussé une première fois grâce aux Allemands (merci)
- Puis qui a été radicalement retouché pour enlever les obligations liberticides qu’il souhaitait imposer (merci bis — mais ça nous a coûté 3 ans de bureaucratie, et vigilance, l’envie de contrôle sans limite reviendra dans un autre texte) (src)
Pourquoi est-il dangereux de dire/penser « oui, mais moi je n’ai rien à cacher » ?
Pourquoi ne faut-il jamais dire « je n’ai rien à cacher » quand on parle de sujets de cybersécurité, d’anonymat sur internet ou d’autres sujets touchants aux droits individuels dans les nouvelles technologies ? Et pourquoi faut-il considérer que votre interlocuteur qui dit « oui, mais moi ça me gêne pas, je n’ai rien à cacher » (dans un contexte cybersécu) comme un lâche, un hétéronome, un serf, un traitre qui vous dénoncerait aux ennemis lors d’une guerre ? 🙂
1. La vie privée, ce n’est pas la culpabilité
La vie privée n’a rien à voir avec le fait d’avoir quelque chose à cacher. C’est un droit fondamental : celui de contrôler qui sait quoi sur votre personne, quand, et dans quel contexte. Même sans avoir rien à se reprocher, on n’a pas envie que tout le monde voie ses messages privés, ses photos de famille ou ses comptes bancaires. On ferme la porte de chez soi non pas pour cacher un crime, mais pour choisir qui peut entrer chez soi.
2. Le “rien à cacher” suppose une confiance aveugle
A l’inverse, accepter de ne rien avoir à cacher supposerait faire confiance à :
- des entreprises privées qui exploitent tes données pour le profit
- des gouvernements qui peuvent changer de politique ou d’intention
- des hackers qui cherchent la moindre faille pour te cibler
Les régimes ou organisations changent, mais les données restent. Une information anodine aujourd’hui peut devenir dangereuse demain selon le contexte (changement politique, loi discriminatoire, fuite de données, etc.). Pire, un système de récolte de données créé dans une organisation bienveillante peut être transformé très rapidement pour un usage malveillant au premier changement de direction de l’organisation (une élection un peu radicale par exemple, ou un dirigeant qui ne fait pas ce qu’il a dit lors de sa campagne…).
3. Les données servent à manipuler, pas seulement à “espionner”
Même si vous n’avez “rien à cacher”, vos données peuvent servir à :
- orienter vos opinions politiques (microciblage, cas « Cambridge Analytica », etc.)
- influencer vos achats, votre comportement et vos émotions
- ajuster les prix proposés en ligne (discrimination algorithmique)
Clamer ne rien avoir à cacher c’est donc affirmer aimer être un gros pigeon manipulable.
4. La sécurité collective dépend de la confidentialité individuelle
Si chacun dit “je n’ai rien à cacher”, cela affaiblit l’ensemble du système : de plus en plus de données sont en accès libre ou simplifié, les cybercriminels les trouvent plus facilement, les données croisées permettent de reconstituer plus facilement des profils pour leur nuire.
En protégeant sa propre vie privée, nous contribuons à protéger celle des autres.
5. La vie privée, c’est le pouvoir de choisir
Le vrai enjeu, c’est le contrôle : décider ce que vous partagez avec qui, et pourquoi.
Ne plus avoir ce choix, c’est perdre un bout de liberté d’expression et d’action.
Quand on se sait observé, on s’autocensure naturellement. C’est l’effet “panoptique” : la surveillance modifie les comportements.
En résumé, dire « je n’ai rien à cacher » revient à dire : « Je n’ai pas besoin de liberté, tant que je ne fais rien de mal. »
Un article Contrepoints pour alimenter la lecture sur le sujet.




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