La sortie du livre « Black-out – Et si les États-Unis coupaient nos services numériques ? » de Stanislas de Rémur & Cédric Mermilliod me fait reprendre un peu la plume ici !
Imaginez vous réveiller un matin et ne plus pouvoir prendre l’avion, accéder à votre dossier médical, ou retirer de l’argent. Non pas à cause d’une panne technique, mais d’une décision politique prise à des milliers de kilomètres. Ce scénario, qui semblait relever de la science-fiction il y a dix ans, est aujourd’hui jugé tout à fait plausible par des experts en cybersécurité.
Le livre Black Out, co-écrit par Cédric Mermilliod, PDG d’Oodrive, tire la sonnette d’alarme : nos infrastructures essentielles — hôpitaux, aéroports, écoles, réseaux routiers — dépendent massivement de services numériques contrôlés par des entreprises étrangères, principalement américaines. Une dépendance qui n’est pas le fruit du hasard, mais d’une stratégie délibérée de captation des marchés.
La prise de conscience est urgente, mais elle n’implique pas de tout changer du jour au lendemain. Elle commence par un geste simple : identifier où se trouvent vos données sensibles. Vos blagues familiales sur Gmail ne représentent pas le même risque que vos documents professionnels confidentiels ou vos données de santé stockées sur un service étranger.

Car c’est bien là que le bât blesse. Les données de santé, financières ou comportementales que nous transmettons innocemment peuvent se retourner contre nous. Aux États-Unis, des personnes ayant eu des problèmes de poids se sont vues refuser des prêts immobiliers parce que leurs données, collectées via une balance connectée, avaient été revendues à des assureurs. Ce type de scénario n’est pas réservé au continent américain.
La bonne nouvelle, c’est que des alternatives européennes existent pour presque chaque outil du quotidien. Contrairement à ce que des années de lobbying intensif ont tenté de nous faire croire, ces alternatives ne sont ni inférieures ni plus coûteuses. Elles sont simplement moins visibles, car d’énormes ressources sont investies pour qu’elles le restent.
Concrètement, des outils comme HexaDiag permettent à n’importe quelle entreprise de découvrir gratuitement jusqu’à huit substituts souverains pour chacun des logiciels qu’elle utilise. Pour les particuliers, des solutions de stockage en nuage françaises sont déjà proposées chez des enseignes grand public à un tarif souvent inférieur à celui d’iCloud.
Sur le plan collectif, l’Europe dispose déjà d’un arsenal réglementaire solide : RGPD, IA Act, Data Act. Le problème n’est pas l’absence d’outils juridiques, mais le manque de volonté de les appliquer fermement. Quand une puissance étrangère décide d’infliger une amende colossale à une banque européenne, elle le fait sans hésitation. L’Europe, elle, légifère, mais peine à recouvrer les sanctions qu’elle prononce.
La prise de conscience s’accélère néanmoins. La fin de l’illusion d’une alliance numérique inconditionnelle avec les États-Unis a agi comme un électrochoc pour de nombreux décideurs et services de sécurité nationaux. Ce qui était un plaidoyer de spécialistes pendant vingt ans est devenu une évidence politique partagée.
Pour les professionnels de la sécurité informatique, ce changement de paradigme s’est traduit par une montée en puissance spectaculaire : là où le responsable sécurité était jadis relégué aux oubliettes de l’organigramme, il siège aujourd’hui au plus près de la direction dans les grandes organisations, car sa fonction est devenue existentielle pour l’entreprise.
Le message final du livre est à la fois lucide et mobilisateur. La dépendance numérique est réelle, le risque est concret, mais il n’est pas une fatalité. La stratégie la plus raisonnable n’est pas le rejet en bloc des outils américains, mais une segmentation intelligente : utiliser des solutions souveraines là où les enjeux sont critiques, et rester libre de ses choix là où ils ne le sont pas. C’est moins une question de paranoïa que de bon sens numérique. Passez le message dans vos entreprises…
Bonne lecture !
NB : livre à ne pas confondre avec le fameux « Black-Out » de Marc Elsberg, qui bien avant la prise de conscience généralisée de notre dépendance malsaine aux Etats-Unis, et la piètre gestion de notre souveraineté européenne, évoquait un scénario que beaucoup de survivalistes ont étudié : le risque de black-out électrique


