Voici un épisode de la newsletter « Tech Trash » (que je vous conseille de suivre si les nouvelles technos vous intéressent) qui explique ce qu’est le « function creep », un concept à bien comprendre quand on réfléchit aux risques des évolutions technologiques dans lesquelles nous sommes inexorablement plongées.
Il y a quelques temps, je vous parlais de Chat Control, qui est finalement passé en douce dans ce foutu parlement européen dysfonctionnel. Pour rappel, c’était cet article :
Et le « function creep » explique parfaitement le risque de Chat Control.
« Function creep » (parfois traduit par « dérive fonctionnelle » ou « glissement fonctionnel ») désigne le phénomène par lequel un système, un outil, une technologie ou des données collectées à l’origine pour un objectif précis se voient progressivement détournés ou étendus vers des usages différents de ceux initialement prévus — souvent sans nouvelle autorisation explicite, et de façon graduelle plutôt que par une décision unique et visible.
Exemple type : une technologie de surveillance mise en place pour lutter contre le terrorisme qui finit par être utilisée pour traquer des infractions mineures, ou une base de données biométrique créée pour l’immigration qui sert ensuite à des enquêtes policières générales.
Autres exemples :
- L’exemple de Tech Trash avec tous les dispositifs de surveillance mis en place pour la sécurité de la Coupe du Monde de foot (et sûrement à raison), qui vont dans certains cas être maintenus au-delà de la Coupe du Monde ; il y a eu un investissement fort, la tentation de conserver le dispositif est presque « naturel »… et voilà comment un niveau de surveillance encore plus intrusif est mis en place ; si cela avait été voté en dehors de la Coupe du Monde, ce ne serait pas passé, mais voilà…
- L’exemple de Chat Control, qui utilise le prétexte bien facile de la pédocriminalité ; la pédocriminalité étant une chose horrible, tout le monde a envie de protéger les enfants, donc évidemment tout le monde est fortement contre la pédocriminalité, ça en fait un sujet intouchable, une nouvelle loi Godwin, un très beau prétexte pour expliquer n’importe quoi… et il est plus difficile de dire je suis « contre » une mesure qui est présenté pour la lutte contre la pédocriminalité (car en rhétorique ou via les raccourcis faciles, ça pourrait laisser entendre que vous soutenez la pédocriminalité) ; or, même des victimes de pédocriminalité se sont insurgées contre Chat Control qu’elles ne voient pas du tout comme une loi qui va aider à vaincre la pédocriminalité (source ici)… mais les politiques s’en foutent, pour la masse, ça passe ; et donc une fois Chat Control 1.0 qui instaure une surveillance généralisée sur Gmail et quelques autres messageries non chiffrées en place, cette vermine va s’étendre au fur et à mesure à d’autres messageries, aux messageries chiffrées, etc. on est là aussi dans la « function creep », mais cette fois clairement manipulée car depuis le début, Chat Control n’a pas de sens (alors que la surveillance pendant la Coupe du Monde avait une vraie raison d’être)
Encore une fois, c’est un classique de la cybersécurité et de l’hygiène de réflexion sur les nouvelles technologies… les nouvelles technologies sont souvent géniales et utiles, mais elles sont pensées dans un contexte, et il faut toujours imaginer ce qu’elles peuvent donner dans un autre contexte. C’est pour ça, comme déjà expliqué dans l’article plus haut, qu’il est bien naïf (pour ne pas dire totalement stupide) de dire « je n’ai rien à cacher ».
Nous sommes toutes et tous ici sensibles à la sécurité, mais elle ne doit pas être utilisée pour amener à des restrictions de libertés fondamentales. La surveillance généralisée n’est JAMAIS la solution, et la France doit continuer à affirmer les valeurs de liberté, égalité et fraternité qui lui ont donné son statut absolument unique dans le monde.
Tout député qui a défendu Chat Control a perdu les valeurs fondamentales de notre nation, c’est un ennemi d’une République prônant la Liberté, l’Egalité & la Fraternité. Je pense qu’il faut retenir qui ils sont, et ne plus jamais les soutenir, pour faute grave.


