Ceux qui lisent Protegor sont habitués à lire de nombreuses mentions d’équilibres, car à part l’engagement physique qui, quand il est nécessaire, doit être total, la majorité des principes qui régissent la sécu perso & la self-défense sont du « juste milieu », des équilibres personnels à trouver, des curseurs à placer.

On a par exemple parlé mille fois de l’équilibre « inconscience – paranoïa », ou bien de l’éternel équilibre « liberté – sécurité » régulièrement évoqué par les médias. On pourrait aussi parler de l’équilibre à trouver pour sa préparation physique (ni trop ni trop peu), pour le scenario training (idem), pour l’attitude de gestion de conflit (ni dominant ni soumis), pour l’apparence de l’homme gris (ni trop flashy, ni trop trash), etc.

Récemment j’ai fait un Live Facebook avec le sympathique Yann VEI, 4e darga de Krav Maga et instructeur dans des clubs du 92. Le live peut être revu sur la page facebook Krav Maga Secrets ou kravmaga-secrets.fr.

Yann Vei & Guillaume Morel dans le Live de Krav Maga Secrets
Yann Vei & Guillaume Morel dans le Live de Krav Maga Secrets

Parmi les nombreuses questions que Yann avait préparées, l’une était : « à tes yeux, quelle est la plus importante des qualités du survivant urbain idéal ? ». J’avais la réponse avant le Live (et oui, on prépare un peu quand même… la préparation c’est la base de la sécu perso, c’est pareil pour les interviews :D), et en réfléchissant à la réponse que j’allais formuler, deux idées me sont de suite venus en tête : il faut être malin, tricheur, anticipateur… (le coeur de la sécu perso, tout mettre de son côté pour éviter), mais aussi, et presque à l’opposé d’ailleurs, il faut avoir la capacité de devenir brutal, d’envoyer du bois, de « switcher », de s’engager mentalement et physiquement — la fameuse « rusticité » comme l’appelle souvent certains militaires, que la société actuelle tend à faire disparaître car grossier d’une part, et de moins en moins utile (en nombre d’occurrences) d’autre part — puisque tout se polisse.

Ma réponse a donc été : « un bon équilibre entre intelligence & rusticité ». Et je vais détailler un peu plus celà ici.

Intelligence en sécu perso

J’évoquais le mot « intelligence » déjà dans mon article sur « les 3 révolutions de la self-défense » : ce n’est pas l’intelligence au sens élitiste et grandes études que je défends ici, mais l’éveil à la sécurité personnelle et à ses compétences… ce travail mental de tester sa vigilance (pour l’affiner), de se préparer aux éventualités (sans paranoïa mais pragmatiquement), de connaître des principes de positionnement, de fuite, de désescalade, de gestion de conflit, etc. C’est l’intelligence de l’adaptation et du pragmatisme.

Ne faire que du fight et n’avoir aucun travail sur ces aspects sécu perso, n’est pas optimal. Pour certains, le mental sécu perso est simplement du bon sens, c’est totalement naturel pour eux, et tant mieux. Mais c’est souvent le cas de personnes qui ont eu un travail lié à des sujets de sécurité ou avec un fort aspect gestion de risques, ce qui montre l’impact de l’apprentissage mental (en plus de l’inné) dans la sécurité personnelle, avant d’en arriver à la self-défense physique. Un très bon puncheur mais qui n’aura pas d’intelligence d’analyse du contexte et de sécu perso, utilisera en priorité son outil principal : le fight. Il loupera des opportunités d’évitement du physique, ce qui augmente les risques de blessures et de poursuites juridiques.

A l’inverse, une personne qui n’aura que l’intelligence de la situation mais pas la « rusticité » décrite ci-après, s’en sortira bien chaque fois que l’évitement sera possible, mais le jour où il ne sera pas possible, il sera face à une situation très destructrice, physiquement et psychologiquement.

Rusticité en self-défense

La rusticité est un terme assez militaire (on en a parlé dans cet article lié à la Légion Etrangère, qui symbolise pas mal cette qualité), mais l’idée n’est pas de devenir tous des légionnaires non plus. Etymologiquement, rusticité se rapporte à la campagne, et se rapproche de « simplicité », mais aussi à l’aptitude de supporter des conditions de vie difficile, « à la dure ».

Ici, en self-défense, souvent urbaine, la rusticité est aussi de la « simplicité » d’action (du « gross-motor skills » diraient certains), mais aussi de l’engagement fort face à une situation difficile. C’est l’anti-fragilité, c’est la mise de côté provisoire de la sensibilité (nécessaire dans la partie amont d’analyse de la situation) pour se permettre d’encaisser psychologiquement et physiquement une violence que la société moderne essaie de gommer (même s’il y en a de moins en moins, certes ; de plus en plus médiatisée aussi), mais qu’elle est loin d’avoir encore éradiqué.

Yann Vei & Guillaume Morel dans le Live de Krav Maga Secrets
Yann Vei & Guillaume Morel dans le Live de Krav Maga Secrets

Wenwu ?

Cette notion d’équilibre entre intelligence & rusticité peut être vue aussi comme une version particulière du concept « Wenwu » déjà décrit précédemment. Alors que les anciens prônaient, pour les chefs de guerre, stratèges et autres guerriers de haut rang l’importance d’un équilibre entre la connaissance littéraire (wen) et les compétences martiales (wu), à une échelle beaucoup plus réduite, pour tout un chacun dans les petits conflits du quotidien, on peut prôner l’équilibre « intelligence / rusticité ».

Yann Vei & Guillaume Morel dans le Live de Krav Maga Secrets
Petit test de techniques durant le Live Krav Maga Secrets

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Un commentaire

  1. J’ai ressorti le livre « La densification de l’être » pour me consacrer à sa lecture. 🙂

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